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Une révolution dans le vide

Syrians rally in front of the US Embassy
Syrians rally in front of the US Embassy in Amman, Jordan. Photo: FreedomHouse/flickr.

MADRID – La guerre froide est peut-être terminée, mais la rivalité entre les superpuissances est de retour. Du coup, la capacité de la communauté internationale à s’unir face aux grands défis mondiaux demeure plus déficiente que jamais.

Ceci n’est nulle part aussi évident que dans le cas de la Syrie. Ce qui était censé être un effort coordonné, visant à protéger les civils contre la répression impitoyable et à promouvoir une transition pacifique – le plan élaboré par l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a dégénéré en une guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie.

Les dirigeants russes (et chinois) cherchent à maintenir un système international qui repose sur la souveraineté inconditionnelle des états et qui rejette le droit d’ingérence sous prétexte humanitaire d’inspiration occidentale. Craignant que les rébellions arabes ne radicalisent leurs propres minorités réprimées, ils refusent que le Conseil de Sécurité des Nations Unies soit utilisé pour promouvoir des changements révolutionnaires dans le monde arabe. La Syrie, dernier avant-poste russe de la Guerre froide, est un atout que le Kremlin fera tout pour maintenir.

Néanmoins, la Russie et la Chine ne sont pas les seuls problèmes. Les grandes démocraties émergentes que sont le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud ont été particulièrement décevantes dans leur réponse au Printemps arabe. Tous se présentent ouvertement en paladins des droits de l’homme lorsqu’il s’agit de condamner comme «génocide» toute attaque de défense israélienne à Gaza. Mais ils sont tout aussi unis pour s’opposer à une action du Conseil de Sécurité dans le dossier syrien, alors même que la répression devient de plus en plus épouvantable. Soit les soulèvements arabes sont en conflit avec leur engagement envers l’inviolabilité de la souveraineté nationale, soit ils alimentent leur crainte que le concept « intervention humanitaire » ne soit rien d’autre qu’un nouvel outil de domination du nord.

La réponse de l’Occident s’est montrée beaucoup plus favorable aux aspirations de la population arabe mais, aussi, elle a été contradictoire et irrégulière. Pendant des années, tant les États-Unis que l’Europe se sont engagés dans un exercice monumental d’hypocrisie politique, prêchant l’évangile du changement démocratique tout en soutenant les tyrans arabes. Il n’est donc pas surprenant qu’ils se soient retrouvés démunis pour faire face aux révolutions arabes.

En effet, à aucun moment depuis le début du Printemps arabe, il n’a été possible de discerner une stratégie cohérente de l’Occident, capable de répondre à ses nombreux défis et incertitudes. Chaque cas a suscité une réponse différente, en raison tantôt des contraintes de politique d’influence internationale, comme c’est actuellement le cas à l’égard de la Syrie, tantôt des considérations économiques et stratégiques, comme en Arabie saoudite et à Bahreïn.

D’une part, les Etats-Unis n’ont pas voulu abandonner immédiatement leurs alliés autoritaires tels que Hosni Moubarak en Egypte et Zine el Abidine Ben Ali en Tunisie. Pour peu qu’ils aient été plus rapides et efficaces dans la répression des manifestations de masse, ils seraient encore au pouvoir aujourd’hui – avec la bénédiction de l’Amérique. Les Etats-Unis se sont retournés contre eux, non pas parce qu’ils étaient des autocrates, mais parce qu’ils étaient autocrates inefficaces.

D’autre part, l’Europe se trouve paralysée par une crise financière qui menace l’existence même de l’Union Européenne. Les outils traditionnels de la politique étrangère de l’UE – « promouvoir la société civile » et « encourager le commerce » – ne peuvent se substituer à une véritable stratégie en vue de faire face aux nouveaux jeux de pouvoir en Méditerranée. Pourtant, l’Europe s’est avérée totalement incapable de développer une réponse face à la manière dont les régimes islamistes sont en train de façonner leurs priorités de manière tout à fait indépendante, et dont des acteurs externes – le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie, la Russie, la Chine, et peut-être même l’Iran – sont en train de rivaliser d’influence grâce à une extraordinaire combinaison de puissance de feu financière et de muscle politique.

L’Europe ne peut pas se permettre de rester à l’écart. L’opération « Unified Protector » de l’OTAN en Libye a été un succès majeur pour l’alliance, mais la décision de l’Amérique de laisser l’Europe assumer le rôle de premier plan a clairement signalé son intention de « rééquilibrer » les priorités mondiales. De plus en plus, les États-Unis cherchent à transférer leur attention de la sphère d’intérêt vital de l’Europe, la Méditerranée et le Moyen-Orient, vers l’Asie et le Pacifique. Il ne faut plus s’attendre à aucune prise d’initiative de leur part dans la résolution des crises dans l’arrière-cour de l’Europe.

En effet, de grands desseins pour le Moyen-Orient ne sont plus à l’agenda de l’Amérique. Depuis sa victoire dans la Guerre froide, l’hégémonie américaine au Moyen-Orient a été une histoire de frustration et de vains investissements de sang, de sueur et d’argent public. On s’attend à présent à un changement de la politique étrangère américaine vers davantage de réalisme ; la récente réunion de la Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avec le président islamiste égyptien, Mohamed Morsi, est une indication claire de la nouvelle orientation de l’Amérique.

Les implications d’un tel changement sont considérables. Après les attentats terroristes du 11 Septembre 2001, les Etats-Unis considéraient le monde islamique presqu’exclusivement à travers le prisme de la « guerre mondiale contre le terrorisme ». Aujourd’hui, les décideurs admettent toutefois que c’est précisément la persistance d’autocraties laïques arabes qui a encouragé le terrorisme islamiste.

Par conséquent, le premier principe de la politique américaine actuelle est que la perte de confiance des islamistes dans le processus démocratique pourrait avoir des conséquences néfastes, et que la restauration des anciens régimes pourrait menacer les intérêts occidentaux davantage qu’un gouvernement des Frères Musulmans. Les USA sont maintenant en train d’établir à bon escient des relations de travail avec les nouveaux dirigeants islamistes, dans l’espoir que ceux-ci ne mettent pas en danger les accords de paix négocié par les USA dans la région (Israël – Jordanie et Israël – Egypte), ni n’interfèrent avec la volonté de l’Amérique de freiner les ambitions nucléaires de l’Iran.

La réalisation de cet espoir n’est pas chose aisée. Les turbulences sont vouées à persister dans les sociétés arabes pendant des années à venir. On peut s’attendre à ce que les nouvelles puissances régionales et mondiales cherchent à exploiter la fragmentation de l’ordre international en vue de faire avancer leurs propres intérêts dans la région. L’Europe dans le désarroi et la crise nucléaire de l’Iran résistant toujours à une résolution diplomatique pourraient bien impliquer que les Etats-Unis finissent par être obligés de revoir, à contrecœur, leur « stratégie de rééquilibrage » dans le futur, du moins s’ils veulent poursuivre leur récente politique étrangère de réalisme.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

 Copyright Project Syndicate


Shlomo Ben Ami, ancien ministre israélien des affaires étrangères, est aujourd’hui vice-président du Toledo International Center for Peace. Il est l’auteur de Scars of War, Wounds of Peace: The Israel-Arab Tragedy (Cicatrices de Guerre, Blessures de Paix: La Tragédie Israélo-Arabe).

For further information on the topic, please view the following publications from our partners:

Preparing for a Post-Assad Syria: What Role for the European Union?

Apocalyptic Musings about Syria

Safe Havens in Syria


For more information on issues and events that shape our world please visit the ISN’s Security Watch and Editorial Plan.

The CSS at IDRC Davos

Earthquake and Tsunami Japan
Earthquake and Tsunami Japan. Photo: CECAR – Climate and Ecosystems Change Adaptation R/flickr

Under the co-sponsorship and patronage our colleagues at the Center for Security Studies (CSS), the biennial International Disaster and Risk Conference (IDRC) is making a welcome return to Switzerland. IDRC Davos 2012 will take place from 26 August to 30 August and will bring together the world’s leading risk and disaster experts to discuss a multitude of resiliency-related problems confronting global society.

In particular, IDRC Davos 2012 will provide its participants with expert analyses and opinions from the public and private sectors, international organizations, individual researchers and other risk and disaster practitioners. Plenary sessions will cover a host of topics ranging from urban risks and resilience to risks confronting the agricultural sector. The conference will also host a number of parallel sessions, poster presentations and training courses. Exhibitors include the Swiss Federal Office for Civil Protection, the United Nations Office for Disaster Reduction (UN-ISDR) and the Partnership for Environment and Disaster Reduction (PEDDR).

The event organizers – the Global Risk Forum – expect to attract 1,000 participants from 100 countries. And as the CSS will have a presence at IDRC Davos 2012, we at the ISN thought this would be an ideal opportunity to report on the highlights of this conference and some of the issues shaping risk and disaster management. Accordingly, in early September we will be discussing some of the key findings from IDRC Davos 2012 with Timothy Prior, who is a Senior Researcher within the CSS’s Risk and Resilience Research Group.

For more information on IDRC Davos 2012 go here.


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Europe’s Immigration Challenge

Young men in Morocco, Europe on the horizon. Photo: moritz_siebert/flickr.

LONDON – Europe faces an immigration predicament. Mainstream politicians, held hostage by xenophobic parties, adopt anti-immigrant rhetoric to win over fearful publics, while the foreign-born are increasingly marginalized in schools, cities, and at the workplace. Yet, despite high unemployment across much of the continent, too many employers lack the workers they need. Engineers, doctors, and nurses are in short supply; so, too, are farmhands and health aides. And Europe can never have enough entrepreneurs, whose ideas drive economies and create jobs.

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Korea-Japan: Time for Outside Mediation?

“Forget the past and lose an eye; dwell on the past and lose both eyes!”

This old Russian proverb comes to mind whenever I think of current Japan-Korea relations. The Japanese, it would appear, are eager to forget the past, while the Koreans can’t seem to see beyond it. Isn’t it time for America’s two key Northeast Asian allies to work toward a better future with both eyes open?

It some instances the flare-ups represent mere political opera with little of real substance at stake. But the latest cause for tension – the ROK government’s cancellation of both the June 29 signing of the General Security of Military Information Agreement (GSOMIA) and its plan to pursue an equally sensitive (but sensible) military Acquisition and Cross-Servicing Agreement (ACSA) with Japan – has serious national security implications and also affects Washington’s relations with both nations. It also cost one of South Korea’s more forward thinking strategists, senior presidential secretary for national security strategy Kim Tae-Hyo, his job. His “sin”? He put Korea’s national interests ahead of public opinion.

The Guardian of Pakistan’s Shia

Three men watching, in Pakistan, during Muharram celebration.

The town of Parachinar, located in a far-flung corner of western Pakistan, is fondly called by some Iranian Shiites “Little Iran.” The majority of the town’s residents are ethnic Pashtuns who belong to the Shia faith. It is also the capital of Kurram Agency, one of the seven tribal districts that make up the politically volatile Federally Administrated Tribal Areas. In recent years, Parachinar has effectively been under siege by Sunni militants. Since 2007, waves of sectarian violence have killed hundreds of Shia from Parachinar. In reaction to this, Parachinar has become a potent symbol of Shia suffering, and the plight of its Shia residents has become a rallying cry for elements of the Iranian regime.